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Corona ou la face sombre de Janus

Dans mon article du mois de mars, j’étais parti pour parler du réchauffement climatique et de son impact dans le tourisme pour les 10 ans qui viennent… Et puis la tempête Corona a tout emporté.

Les longues semaines, les mois qui s’annoncent vont être difficiles pour chacun de nous. Elles vont nous mettre à rude épreuve aux niveaux individuel et collectif et vont profondément atteindre le monde du tourisme.

 

Nous ne serons pas tous égaux devant ce moment. Pour certains, ce sera seulement une parenthèse peut-être même enrichissante. Pour d‘autres, les solitaires, les mal-logés, les plus faibles, ceux qui y perdront leur travail, ce sera un long calvaire.

Et mes pensées vont vers mes amis, mes proches, professionnels du tourisme qui vont vivre des temps d’inquiétude sur le futur de leur entreprise ou de leur emploi.

 

Mais le malheur qui frappe ne doit surtout pas nous empêcher de rester gaillards, solidaires, philosophes, visionnaires et, c’est important, de rire aussi de nous-mêmes et de tout ce qui nous arrive. Nous n’avons pas d’autre choix.

 

Durant cette dernière quinzaine, j’ai appris, sans doute comme vous, que face à une telle épidémie, il existait 2 façons de réagir. On ne change pas nos modes de vie, on accepte qu’environ 5 % de la population atteinte passe l’arme à gauche et l’affaire est promptement pliée (ce qui est une solution qui fonctionne intellectuellement assez bien si on est sûr de pas être dans le pourcentage fatidique).Ou alors, on vit en petites cellules cisterciennes plus ou moins hermétiques appelées familles pendant quelques mois pour étaler, dans le temps, la propagation du virus. Cette assignation à résidence s’accompagne d’ailleurs de l’espoir, que, comme le Nutella, le Corona supporte mal la chaleur (à priori étant dans cette catégorie d’âge un peu incertaine où les statistiques commencent à se redresser, j’ai plutôt un faible pour la solution confinement au Nutella).

 

Mais à partir du moment où on a choisi la version Nutella, faut justement pas y aller avec le dos de la cuillère, ou on est dans le radical, ou on est dans le ridicule (et toutes allusions à des élections ne seraient ici pas du tout fortuites…).

Donc soyons radicaux : distance sociale, lavage des mains, confinement total ou presque, organisation en télétravail, solidarité et on se serre les coudes mais pas à moins d’un mètre. Tous ensemble face au danger, prenons toutes les mesures sanitaires et salutaires et essayons aussi, autant que possible, de faire de cette épreuve un moment de contamination des idées généreuses et porteuses de sens, de propagation de la sagesse et de la solidarité et surtout d’immunisation au crétinisme ambiant et autres constructions commerciales angoissielles des chaines d’infos et des collectionneurs compulsifs du rouleau de PQ.

 

Le monde économique, le monde du tourisme se réveilleront différents après cette crise. Une partie des entreprises touristiques – les moins résilientes - aura disparu. Certaines habitudes seront prises. Nous aurons certainement vraiment appris à télétravailler, à nous organiser différemment.

 

Cette crise aura-t-elle des conséquences plus durables et plus profondes ?  Aurons-nous un autre regard sur le tourisme? Il est trop tôt pour le dire, je l’espère mais j’ai du mal à la croire. La mondialisation du voyage a été la base du fonctionnement et de la prospérité de l’industrie touristique et est, tout autant, à l’origine de l’actuelle pandémie. C’est le revers de la médaille, l’arroseur arrosé, la face sombre de Janus.   

 

Le tourisme, tel qu’il existe aujourd’hui au niveau planétaire, ne s’inscrit en rien dans une tendance durable au sens premier du terme (c’est-à-dire qui pourrait durer encore pendant plusieurs décennies) et cela pour de multiples raisons et notamment des questions d’énergie et de climat. Le Coronavirus nous rappelle de manière conjoncturelle cette incompatibilité existentielle et structurelle de long terme, bien plus profonde. 

 

Contrairement à ce que nous racontent certains pilotins de nos statistiques nationales ou internationales, naviguant à vue de nez et à contre-courant de l’histoire et confondant avenir et prolongation des tendances, le nombre de voyageurs internationaux ne va pas doubler d’ici 2035 et encore moins quadrupler d’ici 2050.

 

 

Cette crise dévastatrice nous offre alors une chance. Une fois la consternation évacuée, les mesures d’urgences prises, les plans d’assistance et de bataille préparés, les nouvelles organisations mises en place, et avant que chacun ne replonge dans la mêlée, ce serait, peut-être et enfin, le bon moment pour réfléchir à un autre futur, non ?